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Dans beaucoup d’entreprises, la même scène se répète. Un process “devrait” être simple… mais la réalité accroche. Ça relance, ça attend, ça ressaisit, et au final personne n’arrive à dire précisément où ça bloque. Le process mining est parfois vendu comme une discipline de data un peu froide. En pratique, c’est surtout une façon très concrète de reprendre la main : regarder le processus tel qu’il se déroule réellement dans les systèmes, repérer des quick wins, puis transformer les données en décisions — et en automatisation quand ça vaut le coup. Un détail change tout : on parle de traces, pas d’opinions.

Une erreur vécue revient souvent dans les organisations : croire qu’une cartographie “propre” suffit. Sur le papier, tout est cohérent. En réel, les contournements s’empilent. Et c’est précisément là que le process mining devient utile, parce qu’il s’appuie sur des traces, pas sur des souvenirs. Une fois, une équipe jurait que “personne ne repassait par la validation”. Deux semaines de logs ont montré l’inverse, et pas qu’un peu. La discussion a changé, d’un coup, sans haussement de ton.

D’où vient votre frustration, exactement ?

Avant de parler mining, un détour utile : identifier les signaux du quotidien. Pas besoin d’un audit de trois mois pour sentir qu’un process mérite une vraie lecture, surtout quand les métiers parlent de “petits irritants” qui finissent par coûter cher. Et ces irritants, justement, ne crient pas toujours : ils s’installent, tranquillement.

Quelques indices reviennent souvent : des retards “inexpliqués” malgré des équipes impliquées, des ressaisies qui s’empilent, et surtout cette phrase qui tue : “On ne sait pas où ça bloque.” En effet, quand un processus dépend de plusieurs systèmes et de plusieurs acteurs, la coordination devient un angle mort. Le bon réflexe consiste à se poser une question simple : le souci vient-il du volume (trop de cas), de la variation (trop de chemins différents dans le process), ou de la coordination entre fonctions métier ? Souvent, ce n’est pas “un” point dur, mais un mélange mal visible. Et tant qu’il reste mal visible, tout le monde “a raison”.

Et puis il y a le classique : des équipes très compétentes, des outils partout, mais une gestion du quotidien qui se fait “au feeling”. Résultat : les mêmes problèmes reviennent, les mêmes réunions se répètent, et les mêmes débats s’éternisent. Le plus frustrant ? Personne n’a l’impression de mal faire. C’est juste le process qui se défend.

Process mining en clair, sans jargon

Le process mining, c’est reconstruire un processus réel à partir de données d’événements enregistrées dans vos systèmes. Autrement dit : au lieu de demander “comment ça se passe ?”, on observe “comment ça s’est passé”. Et la nuance change tout : l’analyse repose sur des faits, pas sur des impressions. Ça remet aussi un peu d’humilité dans la salle, ce qui n’est pas un mal.

À ce titre, la différence avec un atelier bpm est nette : le bpm décrit un process cible, souvent propre et logique. Le process mining montre le processus tel qu’il vit, avec ses boucles, ses reprises, ses contournements. Par rapport à un audit, il y a moins de déclaratif et plus de traces. Et par rapport à la BI, on n’agrège pas seulement : on recompose un enchaînement d’étapes, dans l’ordre, avec le temps qui passe, en quasi réel si la collecte est bien organisée. C’est souvent là que les équipes se disent : “Ah, donc c’est ça qui se passe.”

La brique de base : l’event log (et pourquoi il manque souvent une pièce)

Tout process mining démarre avec des journaux d’événements (event log). Au minimum, trois champs : un identifiant de cas, une activité, un timestamp. Sans ça, pas de mining fiable, seulement des suppositions. Un identifiant de cas mal défini, et c’est tout le film qui devient incompréhensible : scènes mélangées, séquences absurdes, “retours dans le temps”.

Ce qui aide beaucoup ensuite : la ressource (qui a fait l’action), un statut, un canal (mail, portail, téléphone), voire un motif. Toutefois, c’est rarement “parfait” du premier coup. Les données existent, mais dispersées : ERP, CRM, ITSM, WMS, systèmes maison… et parfois un mélange pas très assumé. Mini check rapide : les informations nécessaires sont-elles dans un seul endroit, ou éclatées entre plusieurs systèmes ? La réponse conditionne l’effort de départ, donc le délai de mise en oeuvre. Et oui, un simple champ “date de fin” peut manquer, ce qui force à bricoler. Mauvaise idée : mieux vaut corriger la source.

“Processus” vs “flux” : ce que vous allez vraiment voir

Sur le papier, un processus ressemble à un flux propre. Dans la vraie vie, le process a des variantes. Beaucoup. Certaines bouclent (“on renvoie au demandeur”), d’autres reviennent en arrière (“on annule puis on recrée”), d’autres encore passent de main en main. Le process mining rend visibles ces handovers, et c’est là que les débats changent de nature : moins d’opinions, plus de faits, et une lecture “de bout en bout”. Parfois, ce n’est pas une personne qui bloque : c’est le passage de relais lui-même.

Avant de chercher des quick wins : poser le cadre en 30 minutes

Un piège classique consiste à lancer le mining “pour voir”. Résultat : on voit beaucoup… et on ne décide rien. Le cadrage peut tenir en 30 minutes, à condition d’être strict et de ne pas confondre découverte et dispersion. Une bonne question, au passage : “Qu’est-ce qu’on acceptera de changer si les données nous contredisent ?” Si la réponse est “rien”, autant éviter la démarche.

Délimiter un seul processus (un début, une fin), choisir un KPI concret (temps de cycle, réouverture, taux d’escalade, coût), et décider qui tranche en cas d’arbitrage. Une règle qui sauve du temps : un seul process, un seul objectif, une seule équipe pilote. Cela dit, rien n’empêche d’ouvrir ensuite, progressivement, vers d’autres process quand la mécanique est en place, et quand les systèmes suivent. Sinon, c’est l’embolie.

Les 5 quick wins les plus fréquents (et comment les repérer)

Un quick win en process mining suit souvent la même logique : symptôme observable → piste dans les données → action métierautomatisation possible. L’idée n’est pas de “tout optimiser” d’un coup. L’optimisation dans la durée démarre rarement par un grand soir ; elle commence par des irritants concrets, mesurables, et répétitifs. Et tant mieux : c’est plus simple à vendre, et plus simple à vérifier.

Quick win 1 : couper les ressaisies et doubles saisies

Le symptôme est connu : la même info se retrouve tapée deux fois. Côté mining, les indices apparaissent via des activités répétées, des champs modifiés plusieurs fois, ou un rework récurrent sur une étape du process. Quand le processus montre des retours sur “mise à jour”, “correction”, “réédition”, ce n’est pas un hasard : le modèle met généralement en évidence une boucle. Et une boucle, c’est du temps qui fuit.

Actions possibles : préremplissage, intégration entre systèmes, contrôle à la saisie. L’automatisation ici n’est pas forcément spectaculaire, mais l’amélioration est souvent immédiate, et l’efficacité se mesure vite sur les volumes. Petit bonus : ça réduit aussi les erreurs humaines, celles qui déclenchent ensuite des tickets “mystère”.

Quick win 2 : réduire les allers-retours de validation

On les repère facilement : “soumis → rejeté → corrigé → resoumis”, en boucle. Le process mining met aussi en évidence les pics par équipe ou par règle : certaines validations deviennent des goulots, non pas par mauvaise volonté, mais parce que les critères sont flous, contradictoires, ou non alignés avec les métiers. Et quand c’est flou, chacun “sur-sécurise”.

Automatisations typiques : règles de pré-contrôle, validation conditionnelle, routage automatique. Souvent, le gain vient d’une clarification métier avant même la technique. La question qui tranche : qu’est-ce qui doit être rejeté, et qu’est-ce qui doit être corrigé sans repasser par toute la chaîne de process ? Une nuance, et des jours gagnés.

Quick win 3 : traiter le “cas standard” en self-service

Dans beaucoup de process, une grosse part des cas suit une variante simple et stable. Le mining le montre : peu d’étapes, peu d’exceptions, et des délais surtout liés à l’attente. C’est une excellente cible, notamment côté clients quand ils subissent les délais sans comprendre. Et c’est souvent là que les équipes respirent enfin.

Automatisation : portail, traitement straight-through, notifications automatiques, accusés de réception. L’amélioration se voit vite sur la charge des équipes et sur la perception côté opérations, avec un flux qui devient enfin prévisible. Attention toutefois : un self-service sans messages clairs, et le support récupère la confusion. Donc, texte simple, étapes visibles, et un point de sortie net.

Quick win 4 : éliminer les goulets d’étranglement invisibles

Certains goulets ne sont pas “dans” une activité, mais entre deux. Le process mining révèle un temps d’attente élevé entre une étape A et une étape B, des files implicites, trop de handovers. Et là, surprise : l’étape la plus lente n’est pas celle qu’on croyait. Le schéma du processus réel remet les idées en place. C’est parfois un simple “en attente d’attribution” qui fait exploser le cycle.

Automatisation possible : affectation intelligente, priorisation, triggers quand un seuil est dépassé. On parle aussi d’amélioration d’organisation : moins de passages de relais, plus de clarté sur qui prend quoi, et quand, afin de mieux utiliser les ressources. Une règle de tri, deux alertes, et on voit déjà la différence.

Quick win 5 : fiabiliser les exceptions (celles qui coûtent cher)

Les exceptions sont rares, donc faciles à ignorer. Pourtant, ce sont souvent elles qui font exploser les délais et créent des escalades. En mining, on repère des petites populations de cas avec des temps extrêmes, des réouvertures, des retours au support. Ces problèmes ne sautent pas aux yeux dans un tableau moyen ; ils apparaissent quand on regarde les variantes, les distributions, et les inefficacités qui se cachent dans les coins. Et c’est souvent là que l’argent part, sans bruit.

Automatisation : détection d’anomalies, scénarios d’escalade, playbooks semi-automatiques. L’objectif n’est pas de tout robotiser, mais de sécuriser ce qui dérape et consomme des ressources disproportionnées, tout en gardant la conformité sous contrôle. Une exception bien traitée évite dix relances, et une réunion de crise.

Transformer l’analyse en automatisation : le pont qui manque souvent

Le vrai risque, après un bon process mining, c’est de s’arrêter à “on a compris”. Comprendre ne change rien tant que le processus réel reste identique dans les systèmes. Le passage à l’action demande une traduction, presque une reformulation : faire passer le constat dans un plan exécutable, puis vérifier les résultats. Sinon, l’insight finit en capture d’écran dans un slide.

Du constat au backlog : formuler une action qui se développe

Pour qu’une idée vive, elle doit devenir une unité livrable : user story, règle, scénario RPA, paramétrage de workflow. Une astuce simple : expliciter le déclencheur (quel événements lance l’action), la décision (quelle règle), l’action (ce qui est automatisé) et le contrôle (quel KPI vérifie que ça marche). Là, les modèles de process mining deviennent un outil de pilotage, pas un joli diagramme, et l’équipe sait enfin où intervenir. Et surtout, chacun sait quand dire “c’est fini”.

Choisir le bon levier : RPA, workflow, intégration, ou simple règle métier ?

Tout n’appelle pas la même réponse. Si le process est stable et les données propres, une intégration entre systèmes (voire un iPaaS) fait souvent mieux qu’un robot. Si le processus varie beaucoup, un workflow peut encadrer sans rigidifier. Si l’outil cœur ne bouge pas, la RPA dépanne… mais uniquement si le volume justifie l’effort, et si les écrans fonctionnent de façon stable. Une RPA sur un écran qui change tous les deux mois, c’est la promesse d’un lundi matin pénible.

Question utile : l’automatisation vise-t-elle à remplacer un clic, ou à changer le chemin du process ? Dans le second cas, il faut alignement et gouvernance, pas seulement un script. Et souvent, une bonne amélioration commence par une règle métier plus claire. La technique suit, normalement.

Garder la boucle fermée : mesurer avant/après sans se raconter d’histoires

Un tableau simple suffit : temps de cycle, rework, conformité, satisfaction interne. Prévoir une période de référence, puis un suivi après déploiement. Sans ça, l’amélioration devient une impression, et l’efficacité se discute sans fin, même dans des entreprises très outillées. Et quand ça se discute sans fin, ça s’arrête souvent.

Outils et technologie : comment s’y retrouver sans comparer 30 plateformes

Le marché regroupe plusieurs familles : outils de process mining, task mining, bpm/workflow, iPaaS, RPA. Chacun a sa promesse. Toutefois, la question reste la même : que peut-on connecter, expliquer, sécuriser et maintenir, sans créer une usine à gaz côté systèmes informatiques ? Un bon choix, c’est souvent un choix qui “tient” dans le temps, avec une équipe capable de l’exploiter.

Critères pratiques : connecteurs vers les systèmes, qualité de préparation des données, capacité à expliquer les variantes du processus, gestion des droits, traçabilité, et pilotage en réel. Dans une entreprise, la gouvernance compte autant que l’outil. Certains citent Celonis, d’autres regardent les options IBM ou des acteurs plus spécialisés : l’important, c’est l’adéquation au terrain, pas le logo. D’ailleurs, une démo brillante ne prouve rien si l’extraction est un cauchemar.

Le point qui pique souvent : données, accès, et droits

Dès la semaine 1, le blocage arrive souvent sur un champ manquant ou un accès limité. Qui fournit quoi ? IT pour l’accès et la sécurité, data pour l’extraction, métier pour la définition des étapes. Quand ces responsabilités ne sont pas posées, le mining patine, même avec les meilleurs outils et les meilleures solutions sur le papier. Et plus on patine, plus l’enthousiasme retombe. C’est bête, mais c’est humain.

Erreurs fréquentes (vous vous reconnaîtrez peut-être)

  • Vouloir cartographier toute l’entreprise d’un coup, au lieu de commencer par un process bien délimité.
  • Confondre processus cible et processus réel, et discuter “comment ça devrait être” plutôt que “comment c’est”, alors que le process mining est justement là pour trancher.
  • Ignorer les exceptions rares mais coûteuses, alors qu’elles absorbent des ressources et créent des problèmes de conformité.
  • Surestimer la qualité des timestamps dans les données, ce qui fausse l’analyse et le modèle obtenu.
  • Lancer une automatisation sans alignement métier sur la règle, l’objectif, et la mesure des résultats.

Une petite méthode en 10 jours pour sortir un premier résultat visible

Jour 1 : cadrage (un process, un KPI, un décideur). Jours 2–3 : extraction des événements depuis les systèmes et nettoyage minimal des données. Jours 4–5 : premier modèle de process mining, lecture des variantes, repérage des boucles. Jours 6–7 : shortlist de quick wins, estimation effort/impact avec les équipes. Jours 8–9 : prototype (workflow, règle, intégration ou RPA). Jour 10 : mesure initiale et plan de suivi, pour vérifier l’efficacité en réel.

Livrables réalistes : une carte du processus réel, une shortlist de quick wins, et une action testable. Pas besoin de plus pour enclencher une dynamique dans l’entreprise, et pour passer de l’exploration à la valeur. Et si rien n’est livrable au bout de 10 jours, c’est souvent que le cadre était trop large.

Décider quoi faire lundi matin : une checklist de sélection

Pour choisir un quick win, l’équipe peut passer une checklist simple : impact attendu, effort, risque, dépendances systèmes, acceptation des équipes métier, et capacité à mesurer. Ensuite, une mini matrice effort/impact : si c’est fort impact et faible effort, priorité. Si c’est fort impact et fort effort, à planifier. Le reste attend, et ce n’est pas grave. Attendre, parfois, c’est aussi décider.

Astuce bonus : comment embarquer les métiers sans parler “données”

Pour mobiliser, inutile de commencer par la technique. Partir d’un cas concret, montrer une variante du process, quantifier l’attente entre deux étapes, puis proposer un changement simple. Le process mining devient alors un support de discussion, pas un verdict. Et quand les services voient noir sur blanc où part le temps, la conversation change, presque immédiatement. Un écran, deux chiffres, et une question : “On fait quoi, là, tout de suite ?”

Au fond, la bonne question pour clore est souvent la plus simple : si une seule étape devait être automatisée ce mois-ci, celle qui ferait respirer les opérations, laquelle serait-ce ? Dans certaines entreprises, la réponse est étonnamment évidente… une fois le processus visible, et une fois la bonne technologie identifiée pour passer du constat à la solution.

Sources :

  • https://www.lemagit.fr/essentialguide/Tout-comprendre-sur-levolution-du-process-mining
  • ibm.com
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